ART CONCEPTUEL

> Bien que l’on puisse faire remonter l’art conceptuel aux œuvres que Marcel Duchamp crée dès 1915 et qu’il appelle des “readymades”, on considère généralement que l’art conceptuel fut inventé dans les années 1960 par une génération d’artistes qui refusaient la transformation de l’art en marchandise. Au lieu de créer des objets, les artistes de l’art conceptuel se limitent à des énoncés : consignes, slogans, propos rapportés, descriptions, parfois un simple mot.

> L’influence de l’art conceptuel sur l’art contemporain est majeure, bien que l’écho en soit parfois lointain : “aujourd’hui, ce terme est devenu très flou et sert quasiment à désigner toutes les formes d’art qui ne relèvent ni de la peinture, ni de la sculpture”, écrit le critique d’art Robert Atkins dans Petit lexique de l’Art contemporain. Une dimension fondamentale de l’art conceptuel réside dans la définition de l’art, c’est-à-dire que chaque œuvre est une réponse possible à cette impossible question : qu’est-ce que l’art ?

DEMATÉRIALISATION

> De nombreux artistes, critiques envers la marchandisation de l’art, ont imaginé des œuvres immatérielles, ou quasi-immatérielles. L’artiste français Yves Klein est l'un des précurseurs dans ce domaine lorsqu’il invente ses « zones de sensibilité picturale immatérielle », exposées pour la première fois à la galerie Iris Clert en 1958 : une série de peintures invisibles que l’artiste échangeait uniquement contre de la poudre d'or.

 

> La dématérialisation de l’art prend une nouvelle dimension avec l’essor du numérique. Il est désormais possible, et même courant, de ne connaître les œuvres et les expositions que par le biais de photographies. Cette situation a conduit de nombreux artistes à exploiter l’écart grandissant entre l’œuvre et sa représentation. En 2016, le duo IOP proposait à Alençon une exposition intitulée « Mental Matter », et avançait cette idée radicale : soumis à un flot continu d’images, notre cerveau devient un espace d’exposition. La manière dont il assimile, recompose et assemble ces images, phénomène nouveau dans l’histoire de l’Humanité, fait de chacun d’entre nous non plus un simple spectateur, mais le réceptacle d’œuvres entièrement originales.

WHITE CUBE

> Entre 1976 et 1981, l’artiste et théoricien Brian O’Doherty publie quatre essais regroupés sous le titre Inside the White Cube (“dans le cube blanc”) où il étudie les implications idéologiques de la convention du « cube blanc », cet espace d’exposition blanc, idéal, aux fenêtres fermées et à la lumière artificielle et neutre. “Aujourd’hui, nous avons atteint un point où ce n’est pas l’art que nous voyons d’abord, mais l’espace” écrit-il.

 

> La réflexion sur ce que signifie un espace d’exposition est au cœur du travail d’IOP. Pour le projet Deep Screen (2016, Parc Saint Léger, Pougues-les-Eaux), le duo construit un second espace d’exposition dans le premier, enfermé derrière une vitre, et trace un parallèle entre ce diorama qui évoque les musées ethnographiques et la surface d’un écran.

L’EXPOSITION COMME MÉDIUM

> On appelle “médium” le support employé par un.e artiste pour produire une œuvre : peinture, sculpture, photographie, performance... Certains artistes considèrent l’exposition comme un médium ; c’est-à-dire que l’œuvre intègre la façon dont les éléments sont mis en espace, scénographiés, éclairés, vus, commentés... L’exposition comme médium se déploie ainsi dans un espace et dans un temps donné. En France, une telle réflexion a été amorcée par les artistes Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Huyghe et Philippe Parreno. Ces artistes créent des espaces immersifs qui orientent et dessinent l’expérience du visiteur.

 

> La difficulté rencontrée par l’exposition comme œuvre est son caractère éphémère : il est quasiment impossible de conserver une exposition, dont les musées ne peuvent garder que des traces sous forme de photographies, de plans, de documentation. Jusqu’à récemment, les expositions en tant que telles étaient peu étudiées ; et ce sont souvent les artistes eux-mêmes qui ont écrit l’histoire des expositions, faisant de la figure du commissaire d’expositions un acteur central de la création contemporaine.

ARTISTES COMMISSAIRES

> Les commissaires d’exposition sont-ils des artistes ?

Une exposition, c’est-à-dire le fait de réunir un certain nombre d’œuvres d’art dans un même espace, peut-elle être considérée comme une œuvre ? Dans l’histoire récente de l’art, on assiste à un brouillage des frontières entre le rôle du commissaire et celui de l’artiste. Parfois amené·e à endosser ce rôle parallèlement à son travail d’artiste, lorsqu’il ou elle ouvre une galerie par exemple, un.e artiste peut aussi concevoir ses expositions comme des œuvres. Mais certains vont même jusqu’à exposer les œuvres d’autres artistes, vivants ou non, au sein d’ensembles dont la mise en espace et le propos critique “font œuvre”.

 

> La dimension critique de ce positionnement ambigu, entre création et médiation de l’art, est importante : le rythme effréné des expositions à l’échelle planétaire, leur standardisation, leur tentation pour le spectaculaire font des œuvres d’art de simples pions sur un échiquier mondialisé. “Les tableaux sont désormais sans lieu, ils sont à peine encore aussi réels que l’espace qu’ils occupent une fois accrochés au mur. »
écrit l’artiste suisse Thomas Huber.

Le duo IOP participe activement à la réflexion sur cette perte de réalité de l’art à travers ses sculptures, installations, expositions et projets en ligne.

PHOTOGÉNIE DE L’EXPOSITION

> Dès 1935, le philosophe Walter Benjamin s’interrogeait sur la transformation de l’œuvre d’art « à l’époque de sa reproductibilité technique », c’est-à-dire depuis le développement de la photographie et de l’imprimerie. Ce qu’il appelle la perte d’aura des œuvres correspond à la fin de la définition de l’œuvre d’art comme étant une pièce unique, puisqu’elle peut désormais être reproduite et donc démultipliée. La multiplication et la diffusion à très grande échelle des photographies d’expositions, depuis les années 2000, introduiraient-elles une nouvelle « perte d’aura », celle des expositions ?

 

> L’historien de la photographie Rémi Parcollet emploie le concept de « photogénie de l’exposition » pour décrire ce phénomène : les expositions deviennent des images. Leur succès se mesure de plus en plus à leur capacité à produire de belles photographies de documentation. Cet intérêt pour les photographies d’exposition a même conduit à un phénomène nouveau, celui des reconstructions d’expositions. En 2013, on a pu ainsi voir à la Fondation Prada de Venise une reconstruction d’après photos d’une exposition culte ayant eu lieu en 1969 à la Kunsthalle de Bern, conçue par Harald Szeeman et intitulée « When Attitudes Become Form ».

ARTISTES ICONOGRAPHES

> Les “artistes iconographes” ou “relecteurs d’images” sont des artistes contemporains qui pratiquent le réemploi d’images. Plutôt que de créer leurs propres images, ils préfèrent puiser dans l’immense flux d’images généré par notre civilisation, et désormais diffusé à une échelle industrielle par les canaux numériques. Ce faisant, ces artistes jouent avec le statut des images qu’ils montrent : plutôt que de les regarder individuellement, il faut désormais les percevoir dans un ensemble de relations avec d’autres images ou d’autres contextes, qui modifient leur perception.

NET.ART ET SITES D’ARTISTES

> L’idée qu’une œuvre d’art puisse prendre la forme d’un site web fait son chemin depuis les années 1990 et l’invention d’internet. La reconnaissance de ce nouveau médium par les institutions s’est longtemps heurtée au positionnement des pionniers de l’art en ligne. À l’origine, le net.art est un mouvement artistique politisé, libertaire, qui prône le partage, le hacking, l’open-source et refuse toute forme de marchandisation. Aujourd’hui, le “net art” est devenu un terme générique pour désigner des œuvres d’art qui prennent internet comme support, mais n’en continuent pas moins de poser des problèmes épineux aux galeries et musées : comment exposer, conserver, acquérir, faire l’expérience d’une œuvre en ligne ?

 

> Les sites créés par le duo IOP résultent ainsi pour la plupart de commandes ou d’un financement par une institution (galerie, musée…), ce qui correspond à un fonctionnement différent de la commercialisation habituelle de l’art et l’inscrit plutôt dans l’économie des éditions d’artistes.

DIGITAL STUDIES

> Ce nouveau champ de recherche, encore largement à explorer, s’intéresse aux bouleversements apportés par le numérique dans les modes de pensée et de représentation des sociétés contemporaines. Comment les sciences et les savoirs ont-ils évolué avec les nouvelles technologies : automatisation de l’écriture, immédiateté de l’échange, disruptions technologiques, externalisation des connaissances ?

 

> Le philosophe Bernard Stiegler est l'un des penseurs français les plus importants de la technique. Il parle à propos de cette nouvelle « époque du savoir » d’un changement si radical qu’il serait désormais possible de parler du « digital brain » (cerveau digital) - par opposition avec le « reading brain » (cerveau lecteur) de la période précédente de l’histoire de l’humanité, c’est-à-dire depuis l’invention de l’écriture.

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

> Les domaines d’application de cet immense champ de recherche dans le domaine de l’informatique sont de plus en plus variés : vision artificielle, reconnaissance vocale, reconnaissance faciale, assistants virtuels… Définie dès les années 1950, la notion de machine intelligente est alors anticipée par le mathématicien Alan Turing, qui met en place le fameux « test de Turing » : si une personne n’est pas capable de faire la différence entre les réponses d’une machine et celles d’un humain, c’est que la machine peut être dite « intelligente ».

 

> Y sommes-nous déjà parvenus ? Le duo IOP soulignait, lors de son exposition « Elle disait bonjour aux machines » à la Villa du Parc (Annemasse), que la multiplication d’objets connectés dans notre quotidien (téléphones, ordinateurs, enceintes, lunettes, robots-mixeurs etc…) crée une situation inédite de coévolution entre l’Homme et la machine. « Humains et machines construisent aujourd’hui ensemble leur environnement commun. »